La Repoblació de Mallorca : comment l’île est devenue majorquine après 1229


La repoblació de Mallorca (ou repoblament) est un chapitre fondamental de l’histoire de l’île après la conquête de 1229 par Jaume 1er. C’est le processus par lequel les nouveaux maîtres chrétiens ont repeuplé et réorganisé le territoire après la défaite des musulmans almohades.


Contexte de la conquête

En septembre 1229, Jaume 1er lance une grande expédition (environ 150-155 navires, 1 500 cavaliers et 10 000 à 15 000 hommes). La flotte débarque à Santa Ponça, remporte la bataille de Portopí et prend Madina Mayurqa (Palma) le 31 décembre 1229. La résistance musulmane dure jusqu’en 1231-1232 dans les montagnes (notamment la Serra de Tramuntana). 

La conquête est violente : une partie importante de la population musulmane est tuée, réduite en esclavage, expulsée ou fuit. Cela crée un vide démographique majeur, surtout dans les zones rurales et agricoles.


Le Llibre del Repartiment

Dès 1230-1232, Jaume 1er procède au partage des terres via le Llibre del Repartiment (Livre du Partage). L’île est divisée entre :

  • Le roi lui-même
  • La noblesse catalane et aragonaise
  • L’Église
  • Les ordres militaires (notamment les Templiers, qui reçoivent une grande partie de la zone d’Alcúdia et Pollença)
  • Les grands marchands et participants à l’expédition

Origine des repobladors (selon le Llibre del Repartiment) : 

  • Catalans : ~40 % (majoritairement de Catalogne Vella : Empordà, Gironès, etc.)
  • Occitans : ~24 %
  • Italiens : ~16 %
  • Aragonais, Navarrais, Français, etc. pour le reste

La langue catalane (dialecte oriental) s’impose rapidement et devient la base du majorquin.


Les Chartes de Franquesa (Cartes de Franchise)

Pour attirer des colons, Jaume 1er accorde dès 1230 des franchises : terres gratuites ou à bas prix, exemptions fiscales temporaires, droits sur les biens conquis, etc. Cela attire non seulement des nobles et soldats, mais aussi des paysans, artisans et familles entières. Une seconde vague arrive vers le milieu du XIIIe siècle. 


Rôle de l’Église et des oratoires

La repoblació s’accompagne d’une forte christianisation. On construit rapidement des églises et des petites chapelles pour marquer le territoire et servir les nouveaux colons.

L’église de Santa Anna à Alcúdia en est un excellent exemple : construit au milieu du XIIIème siècle avec des pierres de Pollentia, elle fait partie des «églises de repoblació». Ces bâtiments sont simples, à une nef, avec arcs gothiques primitifs — très différents des grandes églises paroissiales plus tardives. 

D’autres exemples : Sant Pere d’Escorca, Santa Magdalena del Puig d’Inca, etc.


Conséquences à long terme

  • Démographiques : forte immigration catalane qui façonne l’identité, la langue et les patronymes majorquins (beaucoup font référence à des origines catalanes : Català, Cerdà, etc.).
  • Sociales : société féodale avec de grandes propriétés (possessions des Templiers, nobles, Église).
  • Culturelles : introduction du catalan, du droit catalan, des coutumes et de la religion chrétienne romaine.
  • Une petite population mudéjar (musulmans restés) et une importante communauté juive coexistent au début.

La repoblació n’est pas instantanée : elle s’étale sur plusieurs décennies, avec des ajustements et une deuxième vague au milieu du XIIIème siècle.


 

Pere Fiol


Pere Fiol était notaire à Inca au début du XVIIème siècle. Il y est décédé le 14 juillet 1633.

Il exerçait, donc, à Inca où ses protocoles notariaux sont conservés, couvrant la période de 1596 à 1633.
Il était également impliqué dans la vie locale : il fut une sorte d’échevin ou officier municipal d’Inca en 1607.
C’est un personnage historique important pour l’histoire religieuse et locale d’Inca, souvent cité dans les études sur le patrimoine et les miracles locaux.

La «Suor prodigiosa del Sant Crist d’Inca» du 10 février 1624

 

La «Suor prodigiosa del Sant Crist d’Inca» du 10 février 1624 est l’un des miracles les mieux documentés et les plus importants de la dévotion au Sant Crist d’Inca.
Selon l’acte notarial rédigé par le notaire Pere Fiol le 10 février 1624, la croix du Sant Crist (un crucifix en bois vénéré à Inca) a sué du sang de manière visible pendant trois jours.Ce phénomène s’est produit à l’oratoire de l’Hospital d’Inca (également appelé Hospital de la Santa Creu), où la croix se trouvait à cette époque. De nombreuses personnes ont été témoins du prodige : la figure a expulsé de la sueur et du sang frais des plaies, un événement qui a provoqué une très forte émotion populaire et renforcé la dévotion. Cet acte notarial officiel a été rédigé devant témoins pour donner une valeur légale au miracle (une pratique courante à l’époque pour authentifier les prodiges).Ce miracle a considérablement renforcé le culte du Sant Crist d’Inca, déjà très vénéré.En 2024, on a célébré les 400 ans de cet événement avec des commémorations spéciales à Inca.La croix du Sant Crist (une œuvre de style gothique ou médiéval) se trouve actuellement dans l’église Santa Maria la Major d’Inca.
📸 Photos prises en Septembre-Octobre 2023 et en Mai 2026.